Esquisses théoriques en vue de l'examen du problème du principe de perversion d'une institution (PPI)


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Publié : 23/01/2017 | Tags : calme, Onfray, Civilisation, Perversion, Institution, rengaine, barbare

Esquisses théoriques pour un examen du principe de Perversion de l'Institution.

1. Rigoureusement, on appelle perversion le détournement, dans l'usage que l'on fait de quelque chose, relativement à sa finalité. Par exemple, user de ses chaussures comme d'un téléphone peut éventuellement être considéré comme une perversion (ou d'un téléphone comme d'une chaussure).
2. On peut parler d'une perversion d'une institution au moment où il y a détournement de son emploi dans une finalité opposée à ce pour quoi elle était prévue.
3. Chaque institution risque, dans n'importe quel appareil d'ordre étatique, perversion.
4. Par exemple, une institution prévue pour la paix peut se transformer en instrument de guerre. Une institution prévue pour la sécurité en instrument d'insécurité, une institution prévue pour la santé être vecteur de maladie, une institution prévue pour le travail une usine à chômeurs, une institution prévue pour l'instruction une fabrique d'ignorants, une institution prévue pour assurer la prospérité diffuser la misère, une institution prévue pour juger le crime assurer au crime de beaux jours devant lui.
5. Peut suivre un flot de questions : dans quelles conditions s'opère le basculement ? Qui opère ce basculement ? Le fait-il de manière consciente ou inconsciente ? Quelles formes de recours est-il souhaitable de créer ? Comment une société dont les institutions sont perverties parvient-elle à réparer ce disfonctionnement ? Est-ce un disfonctionnement ? Laisser faire est-ce collaborer ?
6. C'est la problématique de la réforme des instutions. En général, on estime devoir réformer une institution lorsque l'on prend conscience du fait qu'elle n'assurre plus sa fonction voire qu'elle se pervertie.
7. Nietzsche définissait la philosophie comme suit : elle est à la fois le médecin et la malade de la civilisation.
8. Pour recourir à la prise en charge de la civilisation lorsque celle-ci s'avère malade, plutôt que de la déclarer morte ( à la Onfray) et délivrer aux vivants qui la peuplent un message du genre « c'est fini, il n'y a plus rien à faire, c'est ainsi, qu'est-ce que vous voulez ma brave dame etc... » il est de rigueur d'avoir l'oeil du médecin. Mais l'oeil du médecin ne suffit pas. Il faut une participation complète de la malade, la civilisation, dans le projet de sa remise sur pied.
9. Ce qui veut dire : il ne suffit pas de lui dire : allez, bouge-toi, en marche !! Plus vite ! Au travail ! Tout est encore Possible ! Allez ma cocotte, le changement c'est maintenant ! comme le font les coach déspérés et déséspérants qui ne savent plus quoi inventer et que nous sommes tous parfois à un moment de notre existence.
10. Une manière plus digne d'elle consiste à lui expliquer quel est le sens de sa maladie et qu'elle en prenne conscience et qu'elle s'achemine vers sa guérison.
11. Pour guérir, une personne comme une civilisation doivent savoir qu'elles vont guérir. Lorsqu'une personne pense qu'elle va mourir, elle peut imaginer qu'il n'y a plus rien à faire, et elle peut effectivement ne rien faire, et mourir. Lorsqu'une personne comme une civilisation pense qu'elle peut guérir, elle fait en sorte de le faire.
12. Souvent, on dit que pour guérir, il faut se donner les moyens de le faire.
13. Cette civilisation se sait-elle malade ?
14. Se donne-t-elle les moyens d'en savoir plus à propos de sa maladie ?
15. Il ne faut pas confondre une opinion et un savoir.
16. Les bateleurs de foire prononcent tous les jours leurs diagnostics à propos de l'état de la civilisation.
17. La civilisation serait malade à cause du Chômage, à cause des étrangers, à cause de l'argent, à cause de quelque chose.
18. Se sont-ils donné les moyens de connaître avec EXACTITUDE PERSPICATITE HUMAiNEMENT la malade ?
19. Comment connaître de la sorte une civilisation ?
20. Il est de rigueur, pour connaître la maladie de la civilisation, d'y être. Être dans la civilisation ne suffit pas. Encore il faut savoir que la maladie de la civilisation est la barbarie.
21. Il faut savoir à quel moment, moi, qui suis de la civilisation, j'expérimente un état de mon être qui est le contraire de la civilisation. Il faut, à un moment donné savoir comment je veux désirer régresser vers la barbarie. Il faut que j'identifie, en chacune de mes propentions, celles qui me ramènent vers l'état du barbare, celle qu'il m'amène vers la terre promise du processus de civilisation.
22. La phrase de Valéry concernant la civilisation n'est, vraiment, décidément, pas la plus intelligente qu'il ait produite. Elle est anônée à qui mieux mieux par les faiseurs de slogans.
23. Les bateleurs et leurs cortèges prennent la civilisation comme une chose.
24. Civilisation est avant tout un processus.
25. Pas une chose dont je prétend dire la vérité une fois pour toute.
26. Les philosophes, décidément, qui estiment être arrivé au point culminant doivent savoir que lorsqu'on arrive au sommet d'une montagne il faut redescendre au refuge. Sain et sauf.
27. Je préfère à la vieille rengaine de Valéry, le Valéry de cette citation : Un ouragan peut tout détruire, mais jamais il ne défera un nœud. (Attention à ne pas non plus en faire une rengaine).
28. Celui qui estime avoir accompli le processus de civilisation et qui prétend enseigner aux autres la méthode peut s'avérer avoir été le pire des barbares potentiels... Celui qui croit être un saint ne fait que croire qu'il est un saint. Celui qui considère autrui comme un barbare, et uniquement comme tel, et le premier des barbares, voire le pire. Celui qui n'admire pas l'acte de civilisation chez son prochain est dans la cécité et peut commettre la bourde et l'erreur monumentale de pousser les autres à se civiliser en estimant que lui-même est un homme accompli et qui n'a donc plus rien à faire.
29. Chacun a civilisé.
30. Chacun expérimente des états ou des pensées de barbare.
Prochainement, la suite.


Ariane

Recette de la perversion : 0 - Une pensée vous arrive, tendue vers vous, à la façon d'un fil conducteur, et vous invitant à l'accompagner sur le chemin qu'elle indique, de sorte à parvenir à un but bien précis. 1 - Ne la suivez-pas (vous savez déjà que la précipitation est mauvaise conseillère). 2 - Coupez-la de l'instance d'où elle provient ou de l'instance donatrice, afin de l'immobiliser et d'en faire cesser les vibrations, car celles-ci la rendent floue et peu claire. 3 - Celle-ci prend alors l'allure d'un brin de pensée, d'un fil ou d'un ruban simples et très clairs. 4 - Examinez tranquillement cette pensée immobilisée, et constatez qu'elle manque clairement d'universalité. 5 - Transformez-la de sorte à lui donner un sens d'universalité, en procédant de la sorte : 5a - À l'une des extrémités du fil ou du ruban, notez "moins" ou "zéro", pour indiquer la provenance de cette pensée, et à l'autre extrémité "plus" ou "1", pour indiquer le sens d'universalité que vous voulez lui donner. 5b - Imprimez une torsion au fil ou au ruban et accolez les deux extrémités. 6 - Ce dispositif vous permet alors de suivre cette pensée, désormais transformée, tout au long du ruban, en montrant en même temps l'accord et le désaccord de celle-ci avec la pensée d'origine. 7 - Désormais, cette pensée vous appartient en propre, c'est la vôtre. 8 - Éventuellement, vous pouvez l'adresser à l'instance donatrice, en lui montrant à quel point vous êtes bon pour elle et puissant, car vous avez donné à sa pensée le sens d'universalité qui lui manquait, et donc son identité réelle ou sa véritable identité. 8 - Le plus souvent, la réception est mitigée cochon-dinde. 9 - Vous êtes déçu, bien que pas très surpris, car l'instance donatrice tient toujours plus ou moins, en effet, de la dinde (pour les filles) ou du cochon (pour les garçons) plutôt que de l'Homme en tant que tel ou à part entière, que vous êtes. 10 - Comme couper/coller, vous savez faire, menacez la dinde de lui couper les ailes et menacez le cochon de lui couper les castagnettes, ainsi que de leur coller un pain, s'il refusent de s'approprier, à leur tour, la pensée que vous leur donnez généreusement afin d'en faire des hommes. 11 - Ils vont alors s'en faire un collier qui les étrangle à moitié, et vous adresser la vibrante pensée qui témoigne de ce douloureux étranglement. 12 - C'est pour le coup que le trouble et le manque d'universalité de celle-ci va vous sauter aux yeux. 13 - Donc, re-belotte, retour au point 1. 14 - À la longue, dindes et cochons deviennent des monstres et quasiment les mêmes, car il ressemblent tous à des girafes, les unes à plumes, les autres à poil dur. 15 - Le processus d'humanisation s'avère donc de plus en plus décevant et interminable. 16 - Surtout, ne vous lamentez pas, continuez, continuez et continuez encore, vous n'y parviendrez jamais, ils ne vous arriveront jamais, non plus, à la cheville, mais vous resterez L'HOMME éternel, et sur leur pensée, vous détiendrez éternellement le POUVOIR. 17 - Maintenant, substituez à "pensée", le mot "soin", vous aurez la recette du "prendre soin" ou de la perversion du soin. C'est le nec plus ultra quand on veut affirmer encore mieux son pouvoir et son humanité. Signé Toinette, spécialiste d'histoire du lard et de la philosophie des piqûres.

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